Flash continuera d’exister, même après le départ de Kevin Lynch

Gros remue-ménage la semaine dernière sur la planète web avec l’annonce du départ du directeur technique d’Adobe : Adobe CTO Kevin Lynch Moving to Apple. Vous ne le connaissez sûrement pas, mais Kevin Lynch est une figure emblématique chez Adobe : initialement employé par Macromedia, il a travaillé sur des projets majeurs comme Dreamweaver avant de prendre ce poste-clé chez Adobe. L’annonce de son départ ne me surprend qu’à moitié dans la mesure où la société qu’il quitte n’a plus rien à voir avec celle qu’il a connue, il devait estimer que sa mission était complétée.

Kevin Lynch chez Adobe
Kevin Lynch chez Adobe

Son arrivée prochaine chez Apple en tant que directeur technique a fait naître de nombreuses spéculations autour du portage prochain de Flash sur les terminaux mobiles d’Apple. De bien étranges spéculations dans la mesure où Flash est présent sur iOS depuis de nombreuses années, non pas dans le navigateur mais au travers de AIR. Un des plus grands succès de l’iPad (Machinarium) a par exemple été développé sous Flash. Précisons au passage que Flash n’est pas la seule technologie tierce présente sur iOS, je pense notamment à Unity utilisé entre autres pour The Room ou Temple Run 2.

Bref, tout ça pour dire que si Kevin Lynch a naturellement été un grand défenseur de Flash, son départ de Adobe ne signe pas l’arrêt de mort de cette technologie. L’essentiel de l’action de Kevin Lynch ces dernières années a ainsi porté sur la transformation des offres de l’éditeur qui sont passées d’un modèle de licence à un modèle SaaS. Cette tâche titanesque étant achevée, les offres Creative Cloud et Marketing Cloud sont disponibles sur de nombreux marchés, il va s’occuper du cloud d’Apple qui en a bien besoin.

Le départ de Kevin Lynch va en attrister plus d’un(e), mais Adobe est une grosse société qui emploie de nombreux autres talents, dont Ben Forta et notre Thibault national. Dans tous les cas, le départ d’une figure, aussi emblématique soit-elle, ne remet pas en cause la roap map d’un éditeur (Microsoft a également connu le départ de son CRO, Ray Ozzie). Flash va donc logiquement continuer son évolutionAdobe Flash Player 11.6 and AIR 3.6 now available et Google declares Flash is now ‘fully sandboxed’ in Chrome for Windows, Mac, Linux and Chrome OS.

Comma j’avais déjà eu l’occasion de l’expliquer, Flash est et aurait toujours dû être un produit de niche. Le fait est qu’avec la stagnation des spécifications HTML, la communauté s’est rabattu sur cette technologie pour proposer des expériences toujours plus différenciantes. Maintenant que HTML5 est là, Flash retrouve la place qu’il aurait dû avoir, notamment en se recentrant sur les jeux et la vidéo. Cela n’empêche bien évidemment pas Adobe de le valoriser en tant que support de créativité, comme c’est le cas au travers des Cutting Edge Projects : Adobe partners with FWA to highlight new, cutting edge Web designs every week.

Moralité : Flash continuera d’exister, au même titre que d’autres technologies propriétaires comme Quicktime, Unity ou 3DVia.

Le Responsive Web Design n’est pas une solution, c’est un compromis

Voilà près de deux ans que je vous parle de Responsive Web Design. Largement plébiscité par la profession, le RWD est néanmoins petit à petit en train de se transformer en buzz word de l’année. Comprenez par là qu’au même titre que les Big Data ou qu’Ajax à son époque, on nous sort le Responsive Web Design en toutes circonstances comme LA solution miraculeuse à tous les problèmes liés à la mobilité. Or, la mobilité n’est pas un problème, c’est une évolution majeure dans les usages, une tendance forte que l’on peut subir ou exploiter. Bref, il est grand temps de démystifier ce terme et de faire preuve de réalisme.

Le Responsive Web Design est donc un terme générique qui désigne une façon de coder une page web pour qu’elle s’adapte à tous les écrans. Cette technique à largement été popularisée par des sites de journaux prestigieux comme le précurseur Boston Globe ou dernièrement le Time Magazine.

La page d'accueil du Time Magazine sur différents terminaux
La page d’accueil du Time Magazine sur différents terminaux

Le problème du Responsive Web Design est que c’est une technique permettant d’optimiser l’affichage d’un site web conçu pour ordinateurs sur des terminaux mobiles, mais pas de répondre aux besoins spécifiques des utilisateurs en situation de mobilité. Le passage d’un ordinateur avec un grand écran, une souris et clavier à un petit écran tactile n’est pas une mince affaire. Il ne suffit pas de masquer des éléments sur le page ou d’en revoir l’ordre pour satisfaire les mobinautes. C’est un peu comme si vous me disiez qu’il suffit de réduire le nombre de rayons d’un hypermarché pour en faire une supérette de centre-ville. Réduire leur nombre ne suffit pas, il faut tout revoir : les zones de circulation, l’achalandage, la signalétique… Pour un site web, c’est la même chose : si le RWD fonctionne très bien pour un blog et plutôt bien pour un site éditorial, cette technique est par contre perfectible pour un site institutionnel ou une boutique en ligne. La version mobile du site du Vertbaudet est pour moi un très bon exemple : ils ont créé deux versions séparées pour maximiser l’expérience.

La version mobile du site du Vertbaudet
La version mobile du site du Vertbaudet

Plusieurs voix commencent à s’élever pour remettre en question la pertinence de certaines implémentations du RWD : Not All Responsive Web Design Is Created Equal. Pour résumer les propos de cet article : l’étroitisation de la mise en page pose de gros problèmes ergonomiques que des astuces de code ne peuvent pas forcément gérer (cf. Des mises en page adaptives aux systèmes de navigation adaptatifs).

Outre les problèmes ergonomiques, le RWD pose également quelques soucis en terme de référencement : When Responsive Web Design Is Bad For SEO. Le point de départ de cet article est l’outil mis à disposition récemment par Google pour consolider les URLs de version mobiles. Cet outil met un terme à la pénalisation de l’éparpillement des versions d’un site par rapport à l’utilisation d’une URL unique. Plusieurs arguments particulièrement pertinents sont avancés par l’auteur de cet article pour remettre en cause le choix du RWD :

  • Les internautes en situation de mobilité utilisent des termes et équations de recherche très différentes de celles utilisées depuis un ordinateur fixe ;
  • Les mises en page adaptives ne permettent pas de diminuer les temps de chargement (les éléments de la page sont chargés, mais pas affichés) ;
  • La mise en page ne s’adapte qu’aux smartphones, les utilisateurs de feature phones sont donc mis de côté ;
  • Cela limite la créativité et les possibilités offertes par le rich media.

En résumé : le Responsive Web Design est un compromis très intéressant pour toucher un maximum de mobinautes en limitant les coûts de développement, mais ce n’est pas une solution universelle, loin de là. Vous noterez d’ailleurs que les grands acteurs ne se limitent pas à un site en RWD (Amazon, Ebay…), ils éditent différentes versions pour maximiser l’expérience. Les investissements sont certes plus élevés, mais l’excellence à un prix.

J’ai publié récemment un article sur la façon de remédier aux problèmes de temps de chargement (Améliorez la performance de vos interfaces mobiles avec RESS), aussi je vous propose une piste de réflexion pour maximiser le référencement : utiliser des landing pages mobiles pour répondre aux besoins des internautes en situation de mobilité. Ces landing pages  mobiles seraient spécifiquement référencées en fonction des recherches utilisées en situation de mobile, et proposeraient les contenus et/ou fonctionnalités les plus pertinentes pour les mobinautes.

Tout ceci renforce le besoin des marques avec un minimum d’ambitions de nommer un Chief Mobile Officer pour bien appréhender les besoins des mobinautes et définir une feuille de route cohérente (cf. Pourquoi lancer une application mobile ne sert à rien).