Quand les interfaces riches s’invitent dans votre voiture

Depuis la sortie de l’iPhone et le succès de l’App Store, les différents acteurs économiques se creusent la tête pour savoir comment reproduire ce succès et surtout en tirer profit. Les interfaces tactiles sont ainsi devenues la nouvelle coqueluche des fabricants de produits électroniques, tandis que le monde du logiciel se réinvente autour des marketplace d’applications.

Bref, tout ça pour vous dire que l’industrie automobile n’est pas en reste puisque les plus grands constructeurs se livrent à une course à l’innovation autour des véhicules connectés et des différents services qu’il est possible d’exploiter dans ce contexte. Je vous propose un petit tour d’horizon des différentes initiatives et expérimentations.

Commençons avec Ford qui a annoncé sa plateforme MyFord Touch en grande pompe lors du dernier salon de Detroit : The Connected Car: Ford Introduces MyFord Touch. Les ambitions de Ford sur ce système sont énormes avec un tableau de bord entièrement numérisé (2 écrans autour du compteurs et un autre en colonne centrale) :

Le tableau de bord numérique MyFord Touch

Le système propose un affichage modulaire et même un navigateur web qui visiblement supporte Flash :

Le navigateur web intégré dans MyFord Touch

La plateforme SYNC repose sur l’architecture Microsoft Windows Embedded Automotive, pour le moment les fonctionnalités sont assez restreintes, mais tout est prévu pour pouvoir faire tourner librement dessus des applications en WPF : Apps for the new MyFord Touch in the Ford Edge. Ils misent visiblement beaucoup sur la complémentarité entre votre smartphone et votre voiture.

Tout ceci devrait être disponible sur la future Ford Focus en 2012, sinon sur certains modèles de la gamme Lincoln dès cette année.

General Motors propose un système équivalent baptisé MyLink mais dont nous n’avons encore pas beaucoup de détails : Chevrolet MyLink Creates Smartphones on Wheels.

Le système MyLink de Chevrolet

Idem chez Toyota avec le système Entune qui permet d’accéder à tout un tas d’applications… sur votre smartphone : Toyota Entune, les possibilités d’un smartphone au service d’un système embarqué.

Le système Etune de Toyota

Rien de très original dans ce qui est montré, car tout tourne essentiellement autour de la musique ou de la cartographie. D’autres services sont bien présentés, mais l’idée est plus de piloter votre smartphone à partir des commandes intégrées du tableau de bord que d’intégrer directement ces services.

Terminons avec Mini qui intègre également un écran dans le tableau de bord : Check Out the Car Stereo System of the Future: On-Demand Music From MOG.

Intégration du service musical MOG à bord d'une Mini

Ce n’est pas un hasard si les constructeurs insistent sur les attributs communs de leur système et les smartphones : sans connexion, impossible de proposer des services et donc de facturer (à l’acte ou à l’abonnement). Associer un forfait data avec une voiture relèverait du suicide commercial (cela complexifierait la prise de décision), les constructeurs optent donc pour une complémentarité entre les plateformes mobiles et leur électronique embarquée. Reconnaissons que ce n’est pas une mauvaise idée dans la mesure où les parts de marché des smartphones progressent très vite (1/4 des mobiles en circulation).

Les constructeurs vont maintenant devoir faire face à plusieurs défis :

  • Choisir la bonne plateforme mobile. Idéalement vous devriez pouvoir connecter n’importe quel smartphone, mais nous nous dirigeons vraisemblablement vers des systèmes verrouillés. À ce petit jeu, je pense que c’est Google qui a le plus de chance de séduire avec une plateforme versatile (Android est déjà présent sur les smartphones, tablettes et TV) et un modèle ouvert pas trop gourmand (comparé à Apple). Je ne vois pas trop comment ça serait possible, mais le constructeur qui réussira à proposer une plateforme universelle (avec des socles ou connectiques adaptés aux téléphones) remportera la mise…
  • Optimiser l’ergonomie. Conduire est tout de même une opération qui requiert un maximum d’attention. Choisir sa musique, passer un coup de fil… sont des opérations maîtrisées, mais quid des futures applications à venir ? Une piste intéressante serait d’exploiter des systèmes d’affichage tête haute (directement sur la face intérieure du pare-brise), mais il faudrait pour cela adapter la législation.
  • Nouer les bons partenariats. Puisque l’option du couplage véhicule / smartphone semble avoir été entérinée, reste encore à s’entendre avec les opérateurs. Les constructeurs vont ainsi devoir trouver des terrains d’entente avec les opérateurs sur la bande passante requise pour l’utilisation des différentes applications (notamment la musique en streaming) et surtout pour les transactions qu’il serait possible de passer depuis sont mobile dans sa voiture.

Bref, les difficultés ne sont pas que techniques, mais tout ceci va résolument dans le bon sens avec des tableaux de bord qui vont bénéficier d’un sérieux coup de jeune. À votre avis, le navigateur du MyFord Touch, c’est IE9 ? Est-ce supporte-t-il Silverlight ? et HTML5 ? À quand des spécifications du W3C pour les interfaces des véhicules connectés ?

Avec la sortie d’IE9, HTML5 devient enfin une réalité

J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous expliquer dans quelle mesure HTML5 et CSS3 allaient révolutionner les interfaces web : CSS3 et javascript seront-elles les technologies RIA du future ?. Cette révolution est maintenant définitivement amorcée avec le lancement cette semaine de la version 9 d’Internet Explorer : IE9, Beauty of the Web. Est-ce réellement la dernière version du navigateur de Microsoft qui va révolutionner le marché ? Non pas réellement. Mais la sortie d’IE9 va s’accompagner de plusieurs évènements qui vont accélérer les choses :

Ce n’est donc pas IE9 qui va bousculer le marché, mais sa sortie effective. IE était ainsi le boulet qui ralentissait l’adoption d’HTML5 et CSS3. Maintenant qu’IE9 est sorti, HTML5 va réellement commencer à être exploité en masse. Certes, il va falloir quelques mois avant que le marché se reconfigure (migration vers IE9 et FF4), mais la tendance est déjà bien amorcée comme en témoignent les récentes statistiques de parts de marché (source = StatCounter) :

Parts de marché des différents navigateurs en Europe

Cela fait déjà quelques mois que Microsoft s’est repositionné sur HTML5 (avec des sites comme IE9 Test Drive ou Never Mind the Bullets) et la sortie de cette neuvième mouture ne déçoit visiblement pas : The most modern browser there is: Internet Explorer 9 reviewed.

Non, IE9 n’est pas plus performant que les dernières versions de Chrome ou Firefox. Par contre, les premiers tests révèlent des scores de compatibilité et de performances très largement supérieurs à ceux d’IE7 ou 8. La volonté de Microsoft n’est donc pas de livrer le navigateur le plus poussé techniquement, mais de proposer un bon compromis en terme de performances, stabilité et de continuité avec les anciennes versions. N’oubliez pas que, contrairement aux autres, Microsoft doit gérer l’héritage de ses anciennes versions.

La nouvelle interface d'IE9

Cette neuvième version matérialise donc des mois d’efforts pour les équipes d’Internet Explorer qui ont su livrer un produit fidèle à la promesse. Ne vous y trompez pas : je n’utilise plus IE depuis des années, mais cette sortie m’enthousiasme au plus haut point car elle va réellement changer beaucoup de choses. À commencer par les coûts de développement : assurer une compatibilité avec IE6 alourdissait votre code source de 50% (15% pour IE7). Développer des interfaces web compatibles avec les dernières générations de navigateur va donc être bien plus simple… et rentable !

Ceci étant dit, plusieurs questions sont aujourd’hui en suspens. Il y a tout d’abord la place de Silverlight dans la stratégie de Microsoft. Pour résumer une longue histoire, disons que Microsoft préfère se concentrer sur HTML5 et faire de Silverlight un produit de niche (Internet Explorer Director: HTML5 Will Revolutionize Web Experience). De ce point de vue là, les équipes de Microsoft font preuve de clairvoyance car il faudrait un miracle pour que Silverlight remplace Flash. Chose qui ne risque pas de se produire dans la mesure où Flash est en ce moment la technologie à abattre (Firefox VP: Say Goodbye to Flash). Silverlight va donc poursuivre son évolution tranquillement, au même titre que Quicktime qui traverse les âges avec un taux d’installation pourtant très faible, mais qui ne remet pas en cause sont abandon.

Il me faut également aborder la concurrence qui ne va pas se laisser coiffer au poteau par IE9 :

  • Firefox sort donc une version 4 et commencer à communiquer de façon active sur les prouesses de sa bestiole (cf. Mozilla Demo Studio et le très impressionnant Planetarium) ;

    Notre système solaire en HTML5 et CSS3
  • Chrome continu son évolution à un rythme incroyablement élevé avec notamment le support récent de WebGL (cf. l’incroyable démo Hello Racer) ;

    De la 3D native dans votre navigateur avec WebGLOpera
  • Opera poursuit son évolution avec une prochaine version 11 toujours plus novatice ;
  • Safari maintient sa position dans le peloton de tête avec une posture toujours très discrète.

Au final, faut-il se réjouir de la sortie d’IE9 ? Oui, car elle annonce la mort d’IE6 et la migration des interfaces web vers HTML5 et CSS3. Cette migration va être d’autant plus spectaculaire que les bénéfices sont directement visibles : typographies personnalisées, coins arrondis, ombrage et transparence, dégradés, transitions…

Vous remarquerez d’ailleurs que le nouveau thème graphique de ce blog exploite à fond HTML5 et CSS3. Si la mise en page est cassée, alors vous savez quoi faire (indice : vérifiez que votre navigateur est à jour).

Une interface riche en boîte avec Emulator et Windows 7

La semaine dernière j’étais au Rex Club, temple de la musique électronique, pour une démonstration publique d’Emulator, une interface tactile MIDI pour les DJs. Pour faire simple, il s’agit d’une émulation du logiciel Traktor sous Windows 7. Cette innovation est le fruit de la collaboration entre Smithson Martin (le fabricant), PQ Labs (le logiciel qui gère le multi touch) et Microsoft.

L'interface d'Emulator

Cette console se présente donc sous la forme d’une dalle tactile (avec une interface rétro-projetée à l’arrière) sur laquelle est branchél’ordinateur du DJ. Ce dernier peut alors piloter avec les doigts une table de mixage tactile, gérer les effets sonores et rechercher les bons morceaux dans sa bibliothèque. Cette installation présente deux avantages : elle offre une interface naturelle plus facile à manier pour les DJs (qui n’ont pas forcément envie de mixer avec une souris) et est visuellement très plaisante pour les clubbeurs qui peuvent apprécier le travail du DJ par en dessous :

L'interface tactile vue d'en dessous

C’est donc une expérience à la fois visuelle et sensorielle. Bon OK, ça vous semble certainement sur-vendu en ces termes, mais je peux vous assurer qu’avec une telle installation le DJ est parfaitement mis en valeur et parvient à créer une expérience de proximité tout à fait intéressante sans même recourir à des substances illicites (mise en scène visuelle par l’agence A-Blok et distribution par Floating Point Audio).

Bien évidemment l’interface demande du doigté et un temps minimum d’apprentissage pour s’y retrouver dans les fonctions (boucles, effets sonores, recherche dans la bibliothèque…) et les réglages (cue, basses, pitch…), mais le spectacle est tout à fait hypnotique :

Il existe d’autres interfaces de ce type comme la très impressionnante Reactable (cf. Quand la musique devient tactile et visuelle), mais c’est une sacrée grosse machine. Il existe aussi quantité d’applications pour iPad comme DJ Mixer ou Electrify, mais elles sont limitées. Une seconde version de l’Emulator est en cours de développement pour équiper les VJ (Video Jockey) et leur permettre de créer des effets visuels en live. La prochaine étape logique va selon moi être l’apparition d’une troisième interface capable de créer des morceaux en capitalisant sur l’héritage du vénérable MC-303. Là encore, il existe des applications iPad très convaincantes comme moxMatrix ou iElectribe, mais une interface plus ambitieuse couplée à un matériel plus robuste comme la Surface 2 devrait remporter un vif succès.

L'application iElectribe pour iPad de Korg

En fait il faudrait idéalement une application livrée en trois versions :

  • une version pro installée sur une table tactile à destination des DJs ;
  • une version normale sous forme d’application pour touchbook ;
  • une version simplifiée distribuée gratuitement sur les terminaux mobiles avec un nombre limité de sons et d’effets sonores (et la possibilité d’acheter des packs).

Finalement le monde de la nuit est peut-être en train de connaitre sa deuxième révolution numérique avec les applications tactiles. Nous verrons bien comment tout ceci évolue dans les prochains mois, mais la clé du succès de ce type d’installation repose sur des surfaces tactiles fiables et à bas prix. Peut-être qu’un bon compromis pourrait être trouvé avec des surfaces moins encombrantes et onéreuses que celles présentées plus haut et une tablette XL offrant une plus large surface de travail que les machines de 9″ à 10″ distribuées actuellement. Il y a peut-être un marché de niche à exploiter…

Description et usages de XForms

Parmi la myriade de spécifications du W3C, il existe les XForms. Très discrète depuis son lancement (en 2003), cette technologie mérite néanmoins que l’on s’y attarde pour bien comprendre ses avantages et les différents usages que l’on peut en faire.

Qu’est-ce que XForms ?

Pour faire court, XForms est un format XML servant à créer des formulaires “riches”. Le principe des XForms est de séparer la présentation des traitements (architecture MVC) et de se passer de javascript. XForms permet donc de réaliser des formulaires enrichis où l’on va retrouver des contrôles plus sophistiqués, où l’on va pouvoir gérer des contraintes entre les contrôles ainsi que faire de la validation silencieuse des champs (sans utiliser Ajax). Plus d’infos ici : What are XForms?XForms pour les développeurs HTML et XForms for XML Users.

Schéma d'architecture des XForms

Vous pourriez me dire que tout ceci existe déjà, et je vous répondrais que l’intérêt de XForms est de le faire avec une approche industrielle. Le recours à Javascript n’est pas tant un problème en soit, par contre, les XForms permettent d’industrialiser des formulaires métier, voir de générer des formulaires à partir d’une structure de données.

Jusqu’à présent l’implémentation était faite du côté du serveur, mais c’était une opération plutôt laborieuse (il existe pourtant des solutions packagées comme betterFORM). Vous avez également la possibilité de l’implémenter côté client avec des extensions (comme la Mozilla XForms Extension) ou en passant par un processus de transformation avec XSLTForms.

Les grands promoteurs des XForms sont Mozilla, IBM (avec notamment IBM Forms pour Lotus), EMC, XEROX ou encore OpenOffice (qui supporte les XForms depuis la version 2.0). Il existe assez peu de spécialistes XForms en France et j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec Alain Couthures qui m’a bien aidé pour rédiger cet article (il est intarissable sur le sujet).

Plutôt destiné à un usage d’entreprise

Venons-en maintenant aux usages. Comme précisé plus haut, les XForms sont particulièrement bien adaptés aux applications qui reposent sur une base de données XML. XForms permet alors d’exploiter la structure de vos données XML pour générer le formulaire correspondant. Démonstration ici avec ce formulaire d’assurance :

Application en ligne d'assurance

Ne vous arrêtez pas au design du formulaire, car je vous rappelle que les XForms séparer les traitements de la présentation, les formulaires sont donc personnalisables à volonté grâce aux feuilles de style. Ceci est particulièrement utile pour les applications multi-support qui peuvent être consultées sur un ordinateur, un smartphone ou un touchbook.

Vous trouverez sur le site de Mozilla un certain nombre d’exemples qui illustrent les capacités d’XForms. Ici, un formulaire d’impôts qui intègre un graphique SVG :

Formulaire intégrant un graphique SVG

Concurrents et évolution

Outre dans le cas bien précis des applications XML, les XForms subissent la concurrence des framework javascript (jQuery, Prototype, Ext JS, Backbase…) et des environnements de développement un peu plus sophistiqués (ASP.net, Flex…).

Mais dans l’immédiat, ce sont les Web forms d’HTML5 qui sont les plus proches de la “philosophie” des XFroms : Enhance your web forms with new HTML5 features. Pour vous épargner une longue argumentation, je laisse les spécialistes vous expliquer les avantages / inconvénients et surtout les différences.

En ce qui concerne l’évolution des spécifications (actuellement en version 1.1), il existe un groupe de travail qui planche sur XForms 2.0 qui devrait supporter XPath 2.0, XSLT2.0 et même JSON.

J’espère avec cet article vous avoir éclairé sur ce que sont les XForms et ce à quoi ils servent. N’étant pas un spécialiste du domaine, je laisse les spécialistes vous orienter vers d’autres ressources…