HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles

Décidément, nous n’avons pas fini de débattre de l’impact de HTML5, d’une part sur le monde des RIAs (Flash, Silverlight…) et d’autre part sur le monde des smartphones (application native vs. web app). Il n’empêche qu’avec l’évolution récente du marché (Android est passé devant iOS), la légitimité des applications natives est remise en question.

Ce débat n’est pas tout neuf (cf. Vous êtes plutôt application mobile ou site web optimisé pour les smartphones ?), mais la fragmentation des systèmes d’exploitation mobiles augmente mécaniquement le coût de développement / d’évolution des applications natives, et du coup rend l’utilisation d’HTML5 bien plus attrayante. Certains ne s’y sont pas trompés comme le Financial Times et Playboy (L’avenir des magazines numériques est-il à l’HTML5 ?) et sont rejoints petit à petit par d’autres acteurs de taille : LinkedIn Overhauls Mobile Experience, Launches an HTML5 Web App et Amazon Quietly Releases A Web-Based Kindle Reader.

Dans un récent rapport, le firme eMarketer nous révélait ainsi que les mobinautes (smartonautes ?) avaient des préférences en fonction du type de tâche ou de contenu : HTML5 vs Apps, Who Will Win The Mobile Screen War?.

Répartition des applications et sites mobiles en fonction du contexte d'usage

Au coeur de ce débat : Les contraintes liées aux app stores (processus d’approbation laborieux, référencement complexe…) et leurs CGU drastiques pour imposer une commission de 30% et pour limiter les transactions cachées (notamment pour les applications de ebooks). Certes, le choix d’HTML5 est tentant, mais il ne se fait pas sans concessions : Ne pas être listé dans l’app store permet d’éviter de verser une commission, mais vous prive de nombreux téléchargements si vous parvenez à placer votre application dans une des têtes de gondole. Pour bien comprendre les plus et les moins, je vous recommande vivement ce très bon article : The fight gets technical: mobile apps vs. mobile sites. L’auteur y résume assez bien la situation et introduit même un compromis :

  • Les applications natives sont développées avec le langage de programmation le plus adapté à l’OS, elles offrent de la puissance, l’accès aux ressources du téléphone (caméra, GPS…) mais subissent le dictat des app stores.
  • Les applications web sont développées en HTLM5, elles sont donc parfaitement compatibles avec n’importe quel smartphone, mais nécessitent impérativement une connection web, ne peuvent pas exploiter pleinement la partie hardware et n’ont pas accès aux app stores.
  • Les applications hybrides qui sont développées avec du langage natif (Objective C ou Java) mais exploitent du contenu HTML et des fonctionnalités en ligne. Ce compromis permet visiblement de jouer sur les deux tableaux.
Comparaison des applications mobiles natives, hybrides et en ligne (source : Worklight)

L’hybridation semble donc être une solution intéressante, plusieurs frameworks proposent ainsi de faciliter le développement et le déploiement de vos applications (PhoneGap, Particle Code, Titanium, RhoMobile, MoSync…), mais ils imposent l’utilisation de langages de plus bas niveau. De même, de nombreux framework javascript promettent d’améliorer l’expérience de vos applications tout en vous simplifiant le développement (cf. Top 10 Mobile Web Development JavaScript Frameworks et 10 New Frameworks for Mobile Web App Developers). Je ne suis pas un spécialiste, mais les retours d’expérience que j’en ai eu sont plutôt bons. Je pense donc ne pas me tromper en disant qu’HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles.

OK, mais que fait-on des jeux mobiles ? Là encore, de gros progrès ont été réalisés comme en témoignent ces différents exemples : 5+ Impressive Free HTML5 Games You Can Play In Your Browser et 6 Mobile HTML5 Games You Can Play On Your Smartphone For Free. Il y a même une conférence dédiée aux jeux mobiles HTML5 : New Game Conf. Pour le moment les jeux très graphiques sont très difficilement “portable” en HTML5, mais la question que l’on doit se poser est la suivante : Quelle part de marché va représenter cette catégorie de jeux mobiles dans 5 ans face à la montée en puissance des social games ?

Voilà un petit moment que je suis de près ce débat, et même si l’on trouvera toujours des arguments irréfutables pour privilégier des applications en langage natif, les solutions reposant sur HTML5 gagnent du terrain et sont de plus en plus viables. À tel point que l’on se demande ce qu’attendent les grands éditeurs pour proposer leur solution… Adobe serait ainsi un bon candidat pour proposer un environnement de développement universel pour des applications mobiles, ils fricotent déjà de ce côté là avec Device Central ou l’intégration de PhoneGap dans Dreamwaver, mais ça ne va plus loin. Le tout récent Muse (un logiciel d’édition de site web WYSIWYG) démontre déjà les efforts que fournissent les équipes d’Adobe pour se réapproprier HTML5 et les outils de développement qui vont avec.

Dans tous les cas de figure, le développement “universel” sur les différents smartphones du marché n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car même si la part de marché des smartphones va monter à 50% d’ici la fin de l’année 2012, il faudra toujours servir les 50% restant… et ne pas oublier les touchbooks… ni la nouvelle génération de e-readers…

16 commentaires pour “HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles”

  1. Posté par Emmanuel Levi-Valensi a dit : le

    Bonjour Fred,

    Merci pour cette synthèse.
    Il est également possible de réaliser des applications natives multiplateformes en s’appuyant sur les technos Flex / Flash d’Adobe.
    Nous avons d’ailleurs conçu une bibliothèques de composants capables d’adapter leur look dynamiquement en fonction de la plateforme (iOs, Android, Playbook) sur laquelle ils fonctionnent : http://e-skimo.com/

    A bientôt

  2. Posté par antoine a dit : le

    “Je pense donc ne pas me tromper en disant qu’HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles.”

    J’ai pas très bien compris ce passage, du coup c’est quoi pour vous html5 ? Il me semble que javascript n’en fait pas partie.

  3. Posté par Fred Cavazza a dit : le

    @ Antoine > En fait “HTML5″ est le terme fourre-tout du W3C qui englobe HTML5, CSS3 et Javascript .

  4. Posté par cr0vax a dit : le

    Je traduis :
    Les interfaces iPhone s’imposent petit à petit comme LA référence pour les applications Android

    Et désolé mais c’est triste. Tant que les frameworks HTML5 mobile serront aussi dégueulasses et déficients qu’actuellement, on sera seulement en train de recouvrir un moteur de ferrari dans une carosserie de 2CV et de la recouvrir de fumier.

  5. Posté par Zratul a dit : le

    Moi je serai plus nuancé. La différence de choses que l’on peut faire entre le framework natif et HTML5 est énorme sur un smartphone.

    Un certain nombre d’applications peut être effectivement très simple à adapter en HTML5, mais dès qu’on commence à vouloir des applications un peu plus riches et à la fois véloces, HTML5 n’a clairement ni les performances, ni les capacités pour le faire.

    Il ne faut pas non plus oublier que les CPUs de nos chers joujous sont beaucoup moins véloces que sur desktop. Il va falloir que les moteurs js suivent car sinon je ne vous dis pas la catastrophe.

    De plus certes, le dev natif est plus cher (car plus long au final) mais le dev d’applis native est beaucoup plus rapide au cas par cas quand on s’adresse à des devs qui maitrisent leur plate-forme alors que pour l’application web, une partie du temps sera perdue pour juste essayer de “recréer” ce qu’on peut facilement faire en natif et qui n’est pas forcément trivial à faire en web.
    Ensuite et elle n’est pas à négliger, dans le monde mobile il y a également une fragmentation au niveau des navigateurs (Safari, IE, Chrome Lite, Opera) ainsi que beaucoup de résolutions à gérer avec pour certaines un espace vraiment restreint.

    Sur Android par exemple, toute la partie gestion des différentes tailles d’écran et de densité de pixels est gérée par un morceau du framework, je n’ose imaginer comment gérer vraiment bien tous ces cas en web actuellement.

    Sur dekstop, je suis toujours en attente d’une application vraiment bien faite en HTML5 et js qui me fasse oublier des clients natifs, sur smartphone aussi…

    Bien sûr cela va sûrement évoluer, HTML5 s’enrichit et on peut très bien imaginer que la prise en compte de spécificités nécessaires pour les smartphones fassent leur apparition mais pour moi, tout ça est encore un peu trop jeune et pas assez mâture.
    Quand on voit l’énergie déployée par Google, Apple et Microsoft pour que les développeurs puissent bien tirer partie de leurs propres OS, je doute que le web arrive faire aussi bien avant un moment.

    Donc HTML5 LA référence des applis mobiles, peut-être mais pas de sitôt et loin de l’être pour le moment.

  6. Posté par Gilles a dit : le

    asidemag.com (à tester sur iPad) est un bon exemple de cette tendance.

  7. Posté par Fred Cavazza a dit : le

    @ cr0vax > Un lien vers un retour d’XP sur les faiblesses des frameworks HTML5 ?

    @ Gilles > Les magazines en ligne sont à part car le secteur est très dynamique (plusieurs éditeurs proposent des frameworks spécifiques).

    @ Zratul > Merci pour ton long commentaire. J’ai bien précisé dans le titre “petit à petit”. Nous sommes bien d’accord que les performances sont un élément-clé, mais pour des applications “sociales”, HTML5 fait parfaitement l’affaire.

  8. Posté par Guillaume Wolf a dit : le

    Bonjour,

    Je trouve que les applications natives font à contre-sens de l’évolution naturelle des softwares. Les applications desktop sont de plus en plus délaissées pour des applications web (traitement de textes, traitements d’image…)
    Cela va dans l’ère du temps. On n’utilise plus de DVD mais on regarde nos films en streaming. On n’utilise plus MS Office mais Google Docs… D’ailleurs Google a bien compris cette évolution avec leur Chrome OS (bien que les Chromebooks soient trop en avance sur les usages).

    Du coup, je trouve étrange que sur les smartphones on privilégie souvent les applications natives. Cela provient certainement d’une copie des usages d’Apple. Apple veut tout contrôler sur ces iPhones. Du coup les applications soumises à un test d’approbation sont une solution qui permettent d’éviter des fraudes ou de mauvais usages.

    Mais d’un point de vue de l’utilisateur, il serait surement plus simple de permettre d’utiliser toutes les fonctionnalités du téléphone depuis le navigateur, comme c’est de plus en plus le cas sur les ordinateurs.

    Du coup je pense que si les éditeurs choisissent de plus en plus d’utiliser des interfaces HTML5, on risque de retomber dans la même évolution que pour les ordinateurs. C’est juste dommage de ne passer par les applications d’abord.

  9. Posté par switcherdav a dit : le

    Excellent article, merci

    note : “mais nécessitent impérativement une connection web”
    Avec le html5 justement et application data, je ne serais pas si catégorique, d’ailleurs, le lecture HTML5 d’Amazon permet la lecture hors ligne.

    Alors bien sûr il faut une connexion pour télécharger la page, mais je pense que la pluspart des applications téléchargées sur les stores le sont depuis le mobile donc …

  10. Posté par Bel exemple de boutique en ligne mobile chez Headict | TerminauxAlternatifs.fr a dit : le

    [...] autres blogs (Vous êtes plutôt application mobile ou site web optimisé pour les smartphones ?, HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles, Et on reparle de la conception multi-écran). Le résultat est tout à fiat convaincant et [...]

  11. Posté par Guillaume a dit : le

    Deux annonces de ce jour viennent renforcer ce point de vue: Adobe a annoncé arrêter flash pour les mobiles, et Microsoft décrète que son plugin Silverlight n’aura pas de v6 (même s’ils ne veulent officiellement pas abandonner cette techno)…

  12. Posté par JFlarouche » Interfaces tactiles, web 3.0 et cie a dit : le

    [...] HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles http://www.interfacesriches.fr/2011/08/30/html5-simpose-petit-a-petit-comme-la-reference-pour-les-ap… Les applications natives sont développées avec le langage de programmation le plus adapté à [...]

  13. Posté par Direction générale des technologies – Groupe des technologies de l’apprentissage a dit : le

    [...] ?) et même plus récemment, car mes convictions penchaient en faveur de l’universalité (HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles). Oui mais voilà, le marché évolue et le dossier se complexifie avec de nouveaux facteurs à [...]

  14. Posté par InterfacesRiches.fr > Le choix se complique entre application mobile et application HTML5 a dit : le

    [...] ?) et même plus récemment, car mes convictions penchaient en faveur de l’universalité (HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles). Oui mais voilà, le marché évolue et le dossier se complexifie avec de nouveaux facteurs à [...]

  15. Posté par Application Web, Web App (HTML5) : avantages, inconvenients et bonnes pratiques? | Marketing web mobile 2.0 a dit : le
  16. Posté par InterfacesRiches.fr > Nouvelle version pour Aviary, les applications seront multi-interfaces ou ne seront pas a dit : le

    [...] un bon choix pour faciliter le portage de  l’application du web vers les terminaux mobiles (HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles). Est-ce pour autant LA solution ultime qui va révolutionner le secteur et décupler les revenus [...]